À travers l’exposition collective « La Matière en Dialogue », présentée à l’Orangerie du Sénat, au Jardin du Luxembourg à Paris, aux côtés de Jeanne Julien et Nathalie Tran Van Thanh, l’artiste togolaise Mablé Agbodan propose une réflexion sur la transmission des savoir-faire textiles d’Afrique de l’Ouest.

Entre héritage et création contemporaine, Mablé Agbodan invite le public à redécouvrir un patrimoine qu’elle entend faire dialoguer avec son époque.
Pour Mablé Agbodan, le textile est bien plus qu’une matière. Il est une mémoire vivante. À travers ses œuvres réunies sous la collection « Renaissance », l’artiste interroge la place des techniques ancestrales de tissage dans les univers contemporains de la mode, du design et de l’architecture intérieure.
Son travail repose sur une conviction simple : préserver un savoir-faire ne signifie pas le figer, mais lui permettre d’évoluer tout en respectant son identité.
« L’innovation ne consiste pas à abandonner nos traditions, mais à leur offrir un avenir », résume-t-elle.
Une exposition où les matières dialoguent

L’exposition « La Matière en Dialogue » réunit trois créatrices autour d’une même ambition : démontrer que les métiers d’art constituent un patrimoine vivant.
Si Jeanne Julien transforme le mobilier ancien en pièces d’exception inspirées de la haute couture et que Nathalie Tran Van Thanh sublime le bois grâce à la technique du bois brûlé, Mablé Agbodan fait dialoguer fils, couleurs et broderies pour raconter l’histoire des savoir-faire textiles ouest-africains.
Le bois, le mobilier et le textile deviennent ainsi les supports d’une même réflexion sur la transmission, la mémoire et la création.
Réinventer sans dénaturer

À l’origine de la collection « Renaissance », un constat : les textiles tissés d’Afrique de l’Ouest possèdent une richesse exceptionnelle mais restent encore peu présents dans les créations contemporaines.
Plutôt que de transformer la technique ancestrale, Mablé choisit d’en renouveler le langage esthétique. Elle revisite les harmonies de couleurs et les compositions visuelles afin de révéler toute leur modernité, sans toucher au savoir-faire lui-même.

Les œuvres présentées sont réalisées à partir d’un coton cultivé au Burkina Faso, teint puis tissé au Togo selon une technique héritée du Ghana. Elles sont ensuite enrichies de broderies en fil d’or réalisées avec des couturières togolaises.
Chaque pièce devient ainsi le fruit d’une coopération entre plusieurs territoires, plusieurs générations et plusieurs traditions artisanales.
Trois chapitres pour raconter un patrimoine vivant

La collection s’articule autour de trois séries complémentaires.
« Traces » rend hommage aux gestes hérités des générations passées. Les œuvres murales revisitent les couleurs du tissage traditionnel tout en conservant l’authenticité de la technique.
Avec « Traversées », l’artiste transpose cette réflexion dans le vêtement. Les capes racontent le voyage des matières, des gestes et des mémoires à travers les frontières d’Afrique de l’Ouest, illustrant la circulation des savoir-faire entre le Burkina Faso, le Ghana et le Togo.
Enfin, « Cendres » évoque la fragilité du patrimoine culturel, mais aussi sa capacité à renaître. Les couleurs noires, brunes, rouges, dorées et écrues symbolisent tour à tour la mémoire, les racines, la transmission, la valeur du patrimoine et son renouveau.
Faire dialoguer héritage et création

À travers cette démarche artistique, Mablé Agbodan souhaite démontrer que les savoir-faire africains constituent une source d’innovation capable d’inspirer les créateurs d’aujourd’hui et de demain.
Son travail s’inscrit dans une volonté de replacer les métiers d’art au cœur des réflexions contemporaines, en montrant que tradition et modernité ne s’opposent pas, mais peuvent se nourrir mutuellement.
Avec « Renaissance », l’artiste offre ainsi une nouvelle lecture du patrimoine textile ouest-africain, où chaque œuvre devient un pont entre la mémoire des anciens et les créations de demain.