Iz-eddine Gourirran : « Il faut que les films africains circulent en Europe comme les films européens circulent en Afrique »

Iz-eddine Gourirran, Président et fondateur de la Fédération panafricaine des festivals du cinéma et de l’audiovisuel
Iz-eddine Gourirran, Président et fondateur de la Fédération panafricaine des festivals du cinéma et de l’audiovisuel

Président et fondateur de la Fédération panafricaine des festivals du cinéma et de l’audiovisuel, Iz-eddine Gourirran, présent à Cotonou dans le cadre des Rencontres Cinématographiques et numériques de Cotonou (RECICO), plaide pour une meilleure circulation des œuvres africaines au-delà du continent.

Son parcours dans le septième art remonte à son enfance, lorsqu’il découvre le cinéma à travers les projections organisées par une Européenne installée au Maroc, puis les ciné-clubs. Il deviendra ensuite responsable de la Fédération nationale des ciné-clubs du Maroc avant de contribuer à la création d’une fédération panafricaine réunissant aujourd’hui plusieurs festivals du continent.

Dans cet entretien, il évoque son parcours, l’histoire des ciné-clubs, la circulation des films africains, les défis auxquels le secteur reste confronté et la nouvelle génération de cinéastes.

Aujourd’hui, vous êtes à la tête d’une fédération qui réunit des festivals de films sur le continent africain. Qu’est-ce qui vous a poussé à sentir la nécessité de réunir les festivals de films ?

Il y a longtemps, depuis la création du Festival International du Cinéma Africain de Khouribga (FICAK), au Maroc, en 1977, il y a d’autres festivals comme le festival de FESPACO, il y a les Journées cinématographiques de Carthage de la Tunisie. Donc, les trois ne sont pas suffisants. Si je vois l’Europe, il y a beaucoup de festivals. Mais au niveau de l’Afrique, il n’y en a plus. Et de plus, la circulation des films africains est très faible.

Donc, à ce moment-là, j’ai constaté qu’il fallait faire une fédération au niveau de l’Afrique et en même temps encourager les films africains qui circulent au niveau de tous les festivals. Donc, j’ai essayé de faire le premier rendez-vous à Khouribga. J’ai invité presque tous les directeurs des festivals.

Et on a abouti à une fédération. Donc maintenant, elle est là, ça marche très bien. On a commencé avec trois festivals. Maintenant, on a 17 festivals et ça augmente.

Est-ce que vous avez l’impression aujourd’hui que les films africains circulent beaucoup plus facilement ?

Le monde a changé. Maintenant, c’est le moment de circuler. C’est le moment où on peut donner du poids aux films africains pour qu’ils soient projetés partout. Aujourd’hui, il y a des films béninois qui sont programmés à Toronto. Il y en a à Vues d’Afrique. Mais, il n’y a pas seulement des films africains, il y a des diasporas aussi. Donc, ce qui nous intéresse, ce n’est pas la participation au festival, mais c’est la diffusion des films africains.

Parmi ces objectifs qui sont déjà atteints, quels sont les défis qui restent à relever pour que le circuit du film africain puisse véritablement exister ?

Je souhaite que la politique puisse ouvrir ce champ. Au niveau de l’Union africaine, je souhaite qu’elle défende la Fédération des festivals au niveau de l’Union africaine, pour qu’elle nous donne un point en parallèle avec l’Union européenne. Elle a un espace de diffusion des films européens. Eux, ils diffusent leurs films en Afrique, et nous, pourquoi pas ?

Il faut, faire du face à face. De sorte que le nombre de films exploités ici en Afrique soit le même nombre qui doit être exploité en Europe, ou bien aux États-Unis, ou bien en Australie.

Iz-eddine Gourirran, Président et fondateur de la Fédération panafricaine des festivals du cinéma et de l’audiovisuel en compagnie du Président du Réseau des Journalistes Culturels Francophones d'Afrique de l'Ouest (RJCFAO)
Iz-eddine Gourirran, Président et fondateur de la Fédération panafricaine des festivals du cinéma et de l’audiovisuel en compagnie du Président du Réseau des Journalistes Culturels Francophones d’Afrique de l’Ouest (RJCFAO)

Vous avez certainement vu beaucoup de films africains durant tout votre parcours. Mais quels sont les films africains que vous souhaitez voir émerger dans les prochaines années ?

Cette question est très difficile, mais je crois qu’il y a une programmation au top niveau. Par exemple, il y a des cinéastes comme Souleymane Cissé, comme Gaston Kaboré, comme Idrissa Ouédraogo.

Maintenant, il y a des jeunes, avec une nouvelle mentalité, qui ont de l’énergie et qui sont autant compétents que les Européens, eux-mêmes. Donc, tous les Oscars que vous voyez, les techniciens, la plupart sont des Africains. Ce ne sont pas des Européens.

Quel est votre regard sur cette nouvelle génération de cinéastes qui existe aujourd’hui ?

Pour qu’il y ait une nouvelle génération de cinéastes connues, il faut d’abord construire des salles de cinéma. Il ne s’agit pas des complexes ou bien des salles avec des appareils de projection DCP. Non, mais de vraies salles de cinéma. Après, il faut la formation. Il faut, par exemple, laisser les jeunes faire montre de leur savoir.

Et pour un bon avenir, il faut les subventionner. Il faut les aider et les accompagner.

Si vous deviez conseiller un film africain à regarder, à quelqu’un qui ne connaît pas le cinéma africain, lequel serait-il ?

Il faut voir le film Yeelen de Souleymane Cissé.

Pourquoi ?

Parce que c’est un film qui traite la vraie culture des sociétés africaines.

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