Le 13 avril 2026, à l’Institut Goethe d’Abidjan, dans le cadre du MASA, Harmonie Byll Catarya ne propose pas une simple prestation. Elle impose un one woman show d’une trentaine de minutes. Seule en scène. Sans rupture. Sans repli.
Tout s’enchaîne. La parole avance. Elle s’installe, s’élargit, prend de la hauteur. Chaque séquence prolonge la précédente. Rien n’est laissé au hasard. Il y a une trajectoire. Une montée continue.
Dès les premières minutes, la voix capte. Pleine, assurée, habitée. Le corps suit. Le regard porte loin. L’espace est occupé. Entièrement. Puis l’intensité augmente. Le rythme s’accélère, se suspend, repart. Et à certains moments, un seuil est franchi. La performance bascule dans une forme d’élévation. Une énergie qui rappelle les états de ferveur, entre pratiques vodun et célébrations chrétiennes. Ici, la parole dépasse le cadre du texte. Elle devient expérience.
Dans la salle, le public accroche immédiatement. Il suit. Il réagit. Il répond. Il entre dans la dynamique. Ce qui se joue dépasse le spectacle. C’est une adhésion. Une connexion directe.
Cette puissance inscrit Harmonie dans une lignée affirmée du slam performatif. On retrouve l’impact frontal de Saul Williams, la tension continue de Kae Tempest, la musicalité enracinée de Souleymane Diamanka. L’énergie brute évoque Marc Smith. La clarté du propos rappelle par moments Grand Corps Malade.

Mais Harmonie ne s’inscrit pas dans une imitation. Elle s’en détache. Elle recentre. Elle ancre son travail dans une dimension plus intérieure, plus spirituelle. Chez elle, le verbe agit. Il porte. Il élève.
Autour d’elle, la musique densifie l’ensemble. Marlène soutient les envolées avec précision. Le batteur Amour et le pianiste Hilal, issus du Christianisme Céleste, installent une pulsation solide, habitée. Chaque intervention renforce la présence scénique. Rien n’est accessoire.
Le propos reste direct. Il parle de chute, de relèvement, de dignité, d’avenir. Il touche parce qu’il va à l’essentiel. Sans détour. Sans surcharge.
Par moments, le discours devient plus frontal. Mais l’interprétation maintient la tension. L’énergie donne de l’épaisseur. Le texte tient.
Ce qui marque, c’est la maîtrise du fil. Cette capacité à conduire sans casser le rythme. À tenir le public du début à la fin. À créer une continuité.
Au MASA, Harmonie Byll Catarya ne cherche pas à occuper la scène. Elle la maîtrise. Elle installe une présence. Une écriture scénique. Une signature.
Une voix qui s’impose.
Une énergie qui circule.
Une parole qui agit.
Edouard GNANSOUNOU
